Douleur au genou chez le coureur : le syndrome rotulien
Les douleurs de genou sont fréquentes chez les coureurs à pied et constituent une des causes principales des consultations en traumatologie du sport. Parmi elles, le syndrome rotulien, ou syndrome fémoro-patellaire, touche l'avant du genou. Voici d'où vient cette douleur, comment la reconnaître et comment la prendre en charge.
Les douleurs de genou chez le coureur sont principalement de deux sortes :
- celles qui se situent à la périphérie de l'articulation du genou, dites ab-articulaires, dont les plus fréquentes en course à pied sont le syndrome de l'essuie-glace et la tendinite de la patte d'oie ;
- celles qui se localisent au sein même de l'articulation du genou et de ses structures directes (surfaces articulaires, ligaments, synoviale, etc.), très nombreuses également.
La douleur dont nous allons parler dans cet article résulte d'un conflit entre la rotule et la trochlée fémorale (partie antérieure du fémur avec laquelle la rotule s'articule). Les douleurs qui découlent de cette zone de l'articulation du genou font partie de ce que l'on nomme plus largement le syndrome rotulien ou syndrome fémoro-patellaire.
Le genou, une articulation complexe soumise à de nombreuses contraintes
Le genou est une articulation très complexe qui fait essentiellement de la flexion-extension dans un plan sagittal (de profil) et quelques degrés de rotation interne et externe (plan horizontal).
Sa force est aussi sa faiblesse, à savoir son extrême mobilité, à l'inverse de la cheville, qui est fixée au sol via le pied, ou de la hanche qui, elle, est très compacte de par sa configuration (une sphère qui s'encastre dans un cratère).
D'où la nécessité d'avoir une musculature périarticulaire tonique pour préserver le genou de mouvements parasites ou d'amplitudes articulaires supérieures à la normale.
Au niveau articulaire, le fémur se compose de la trochlée fémorale (face antérieure de la partie basse du fémur), qui sert de rail sur lequel la rotule coulisse pendant la flexion du genou. Cette flexion survient lors de l'appui plantigrade (pied quasiment à plat au sol, selon le type de foulée).
La trochlée est en contact avec la face postérieure de la rotule, qui lui est inversement conforme. Elle se prolonge par les condyles fémoraux, qui s'articulent avec la partie supérieure du tibia, nommée plateau tibial, via les ménisques.
Dès qu'il y a une anomalie de forme (dysplasie rotulienne), de positionnement (rotule haute ou patella alta), ou encore un genou dévié en dedans (genu valgum) ou en dehors (genu varum), la contrainte sur l'articulation peut devenir excessive. À cette contrainte s'ajoute l'onde de choc générée lors du contact pied-sol (2 à 4 fois le poids du corps selon le type de foulée et d'impact).
Description de la douleur
Le sportif ressent une douleur principalement sur le devant de la rotule, irradiant sur son bord externe, ou plus rarement interne.
La mobilisation de la rotule sur la trochlée, lorsque le patient est allongé genou tendu, est douloureuse. Elle s'accompagne parfois d'un crépitement, qui n'est pas forcément le signe d'une atteinte du cartilage.
La douleur survient souvent en deuxième partie de course chez le sujet jeune, puis apparaît de plus en plus tôt au fur et à mesure qu'elle s'installe dans le temps. Les radios sont le plus souvent normales : le diagnostic repose avant tout sur l'examen clinique.
Elle peut perdurer au repos et être présente par la suite à la descente des escaliers, en position accroupie ou après être resté longtemps assis genoux pliés. Le sportif peut évoquer des douleurs plus fortes lors de la course en dénivelé et dans les descentes.
Les causes principales
Mauvaise planification de l'entraînement, traumatisme, déséquilibre biomécanique, terrain inapproprié ou mauvaises chaussures :
- Mauvaise planification de l'entraînement. Il convient tout d'abord de faire le point sur la planification de l'entraînement sur une année (nombre de sorties, intensité, type de chaussures et type d'appui, gestuelle de foulée, objectifs). En effet, lorsque ces différents paramètres sont mal répartis, ils peuvent être à l'origine d'un surmenage et donc d'une irritation de la zone articulaire.
- Traumatisme. Un choc frontal ou une entorse avec torsion du genou peuvent favoriser l'apparition de ce genre de douleurs.
- Déséquilibre biomécanique. Le squelette est fait pour fonctionner selon des axes bien précis. Les articulations du membre inférieur sont en outre des articulations portantes : non seulement elles permettent le mouvement, mais elles subissent également la contrainte de pression, à l'inverse des articulations du membre supérieur. Cela augmente considérablement les risques de blessure en cas de désaxation d'une articulation par rapport à son axe physiologique.
- Terrain. Le bitume augmente l'onde de choc, il est donc bon de varier le type de terrain afin de préserver ses articulations. La course dans le sable, qui absorbe l'onde de choc, n'est pas bonne non plus pour les structures lorsqu'elle est excessive : un amorti important favorise l'instabilité articulaire et peut déclencher à terme des douleurs vives dans cette zone.
- Chaussures. Selon le poids, le type de foulée, le terrain et la fréquence des sorties, il convient de choisir la chaussure de course la mieux adaptée à l'ensemble de ces paramètres, sous peine de favoriser le syndrome rotulien.
- Autres facteurs. Une anomalie des surfaces articulaires (forme non adaptée), une asymétrie entre les deux membres, une fragilité osseuse, des maladies rhumatismales, etc. complètent les causes évoquées précédemment. Bien qu'ils soient plus rares, ces facteurs ne peuvent pas être occultés.
Évolution à moyen et long terme
Les douleurs peuvent très bien stagner pendant plusieurs mois, voire plusieurs années, sans s'accentuer fortement. Cependant, sans prise en charge, elles ont souvent tendance à persister ou à augmenter, ce qui oblige progressivement le coureur à restreindre ses sorties, aussi bien en durée qu'en fréquence. Ce risque est plus marqué en cas de fréquence de course élevée. Le poids et certains types de foulée sont également des facteurs aggravants.
Les douleurs peuvent alors s'installer en dehors des périodes de course. Les études de suivi montrent qu'environ un patient sur deux a encore mal au genou cinq à huit ans après le diagnostic. Un lien avec l'arthrose fémoro-patellaire (usure du cartilage entre la rotule et le fémur) est évoqué à long terme, sans être démontré : raison de plus pour ne pas laisser traîner ces douleurs.
Traitement et prise en charge
La première chose à faire en cas de douleurs persistantes depuis plusieurs semaines, sans disparition spontanée, est de consulter un médecin du sport.
Ce dernier, après un examen clinique précis, complété si besoin par des examens d'imagerie (radios, scanner, IRM), jugera de la nécessité d'une prise en charge plus ou moins poussée.
Une période de repos pourra être observée en fonction des résultats de ces examens. A minima, une diminution de la pratique en fréquence et en intensité sera requise, afin de laisser l'articulation et les tissus irrités se calmer. Le cartilage lui-même ne se régénère que très peu : mieux vaut donc ne pas attendre qu'il soit abîmé.
En général, en cas de déséquilibre biomécanique avéré du membre inférieur, l'orientation vers un podologue et une prise en charge par un kinésithérapeute du sport sont quasi systématiques.
Le podologue fera le point sur votre posture, vos appuis et votre foulée, et vérifiera vos chaussures de sport. Si c'est justifié, il réalisera des semelles orthopédiques sur mesure. Celles-ci devront être introduites progressivement dans la pratique sportive, selon un plan de reprise d'entraînement précis, avec pour objectif principal la correction du trouble musculo-squelettique du membre inférieur observé lors de la course.
Le kinésithérapeute du sport fera le point sur votre douleur et lancera la rééducation. Le cœur du traitement est le renforcement musculaire : les exercices qui combinent le travail du quadriceps et celui des muscles de la hanche (les fessiers notamment) donnent les meilleurs résultats. Le kiné peut y associer à court terme un strapping de la rotule, puis il passera à la réathlétisation en vue de reprendre au mieux l'activité sportive spécifique. Les techniques passives comme les ultrasons ne sont en revanche plus recommandées.
Dans les cas les plus sévères, où la pathologie évolue depuis déjà plusieurs années, une restriction de la course devra être envisagée, voire un arrêt si le cartilage est trop fortement atteint.
Syndrome rotulien : conclusion
Le syndrome rotulien est donc assez fréquent chez le coureur à pied. Plus il est diagnostiqué tôt, plus le coureur a de chances de reprendre la course sans en ressentir les méfaits à moyen et long terme.
Cela doit pousser le coureur à s'interroger tant sur sa pratique pure de la course que sur son approche médicale globale.
Ce syndrome peut vite s'avérer très handicapant lorsqu'il n'a pas été détecté assez tôt, provoquant des complications pendant la course et en dehors, et obligeant le coureur à diminuer ses sorties, voire à cesser tout simplement sa pratique.
Pour aller plus loin
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Article initialement publié sur Jogging-Plus par Matthieu, podologue du sport.