Pronateur, neutre ou supinateur : comment le savoir et quelle chaussure choisir
C'est souvent la première question en magasin : êtes-vous pronateur, neutre ou supinateur ? Derrière ces mots se cache un mouvement tout à fait normal du pied. Voici comment reconnaître votre type d'appui, ce que cela change réellement pour le choix de vos chaussures et dans quels cas il vaut mieux demander l'avis d'un professionnel.
Pronation et supination : un mouvement normal
À chaque foulée, le pied ne se pose pas à plat d'un seul coup. Il touche généralement le sol par le bord extérieur du talon, puis bascule légèrement vers l'intérieur pour amortir l'impact : c'est la pronation. Juste avant la poussée, il se redresse et se rigidifie pour propulser le corps vers l'avant : c'est la supination.
Ces deux mouvements se succèdent donc à chaque pas. Ils ne sont ni un défaut ni une maladie : la pronation sert d'amortisseur naturel, la supination transforme le pied en levier. Quand on dit qu'un coureur est « pronateur » ou « supinateur », on parle en réalité d'un appui dont l'une des deux phases est plus marquée que la moyenne.
- Appui neutre (ou universel) : le pied bascule modérément vers l'intérieur puis se redresse. C'est le cas de la majorité des coureurs.
- Appui pronateur : la bascule vers l'intérieur est plus prononcée, la voûte plantaire s'affaisse davantage.
- Appui supinateur : le pied reste plutôt sur son bord extérieur et amortit moins. C'est le profil le plus rare.
Comment savoir si vous êtes pronateur, neutre ou supinateur
Trois méthodes simples donnent une première indication.
1. L'usure de vos chaussures. Posez une paire bien usée sur une table et regardez-la de dos, puis retournez-la.
- Usure surtout sur le bord intérieur de l'avant-pied et chaussure qui penche vers l'intérieur : tendance pronatrice.
- Usure surtout sur le bord extérieur sur toute la longueur : tendance supinatrice.
- Usure à l'extérieur du talon puis au centre de l'avant-pied : appui neutre.
2. Le test de l'empreinte mouillée. Mouillez votre pied et posez-le sur une feuille de papier kraft ou un carton. Une empreinte très large au niveau de la voûte suggère un pied qui s'affaisse, une empreinte très fine ou interrompue un pied plutôt creux. Ce test renseigne sur la forme du pied à l'arrêt, pas sur ce qu'il fait en courant : prenez-le comme un indice, pas comme un verdict.
3. Une vidéo de dos. Demandez à quelqu'un de vous filmer de dos, au ralenti, en courant à votre allure habituelle sur un tapis ou une piste. Observez l'axe du talon au moment où le pied est à plat. C'est aussi ce que font les magasins spécialisés lors d'une analyse de foulée.
Gardez en tête qu'aucune de ces méthodes n'analyse la foulée entière : la hanche, le genou et la cheville influencent tous l'appui. Un professionnel regarde l'ensemble de la jambe, pas seulement le pied.
Faut-il une chaussure spéciale pronateur ?
Pendant longtemps, la règle était simple : chaussure « stabilité » pour les pronateurs, chaussure « neutre » pour les autres. Les études menées ces dernières années ont nuancé ce discours. Une grande étude danoise publiée en 2014 dans le British Journal of Sports Medicine, qui a suivi plusieurs centaines de coureurs débutants pendant un an, n'a pas trouvé de risque de blessure plus élevé chez les pronateurs qui couraient en chaussures neutres. Les chercheurs en biomécanique recommandent aujourd'hui plutôt de choisir la chaussure dans laquelle on se sent le mieux, le confort étant un bon filtre pour écarter les modèles qui ne conviennent pas.
En pratique :
- Appui neutre : le choix est très large, la plupart des modèles vous conviendront.
- Pronation modérée : une chaussure neutre convient souvent très bien. Une chaussure dite « stabilité », avec un soutien du côté intérieur, peut apporter un confort supplémentaire, surtout en fin de sortie longue quand la fatigue accentue l'affaissement du pied. Essayez les deux.
- Supination : privilégiez une chaussure neutre et bien amortie, puisque le pied absorbe moins les chocs par lui-même. Les modèles « anti-supination » sont rares et rarement nécessaires.
- Semelles orthopédiques : glissez-les dans une chaussure neutre. Les semelles corrigent déjà l'appui ; une chaussure correctrice ajouterait une deuxième correction par-dessus la première.
Pour le reste du choix (amorti, drop, pointure, terrain), voyez notre guide pour bien choisir ses chaussures de running.
Quand consulter un podologue
Une pronation ou une supination marquée n'est un problème que si elle s'accompagne de douleurs. Consultez un podologue du sport, idéalement spécialisé en course à pied, si vous avez :
- des douleurs récurrentes au genou, au tendon d'Achille, sous le pied ou sur le tibia ;
- une usure très asymétrique entre vos deux chaussures ;
- des blessures qui reviennent malgré un entraînement raisonnable.
Le podologue analyse votre posture et votre foulée dans leur ensemble et peut proposer des semelles sur mesure si elles sont justifiées. Une correction systématique d'un appui qui ne pose aucun problème n'est pas recommandée.
Ce qui compte vraiment
Votre type d'appui est une information utile, pas une fatalité. Pour courir sans douleur, la progressivité de l'entraînement, le renforcement des pieds et des mollets et une bonne technique de course pèsent au moins autant que la chaussure. Choisissez un modèle confortable, augmentez votre volume petit à petit et écoutez les signaux de votre corps.